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La titrisation aujourd'hui




La titrisation est une technique financière qui revient à la mode, aujourd’hui en 2022, après avoir été honnie après la débâcle de Lehman Brothers en 2008, lors de la crise des subprimes.


Cela consiste à mélanger des crédits de toutes sortes, concernant des clients sérieux et aussi des clients douteux. Cela permet de proposer des crédits à des entreprises et des particuliers, malgré une garantie financière plus qu’incertaine. Cela ne peut fonctionner que si les pertes bancaires dues à l’insolvabilité de certains clients, qui ne peuvent plus rembourser leurs crédits, ne sont pas trop importantes.


En 2008, les crédits accordés à des américains aux revenus modestes, pour acheter leur maison, sont devenus insupportables pour ces derniers, quand le marché de l’immobilier a plongé, rendant la valeur de leur maison insuffisante pour garantir qu’ils pourront rembourser leur dette. Des millions d’américains ont été jetés à la rue, et les banques se sont retrouvés avec, sur les bras, des milliers de maisons invendables à des tarifs raisonnables. De nombreux établissements financiers se sont retrouvés dans une situation critique et n’ont été sauvés que de justesse, en étant rachetés par des organismes financiers sauveteurs : Bear Sterns sauvé par JP Morgan Chase, Northern Rock sauvée par le gouvernement britannique, Nomura reprenant le courtage de Lehman Brothers (3000 employés), Freddy Mac et Fanny Mae (spécialistes des crédits hypothécaires) nationalisés par le gouvernement américain (après avoir été privatisées, après leur création), etc.. Mais ni Morgan Stanley, ni Goldman Sachs, ni JP Morgan Chase n’ont accepté de sauver Lehman Brothers, qui a de ce fait été liquidée. Il faut dire que Lehmen Brothers a abusé d’une manœuvre frauduleuse appelée Repo 105, consistant à transformer un accord de refinancement à court terme, en une vente.


La privatisation des bénéfices va de pair avec la nationalisation des pertes.


Après cet accident financier grave de 2008, des mesures de précaution ont été mises en place : Loi Dodd-Franck de 2010 encadrant le crédit, accords internationaux Bâle III exigeant des fonds propres des banques plus importants pour pouvoir faire face à des accidents financiers (conjointement à d’autres mesures comme l’internalisation des risques, la limitation de l’effet de levier, la moindre dépendance au financement de marché, l’assainissement et le renforcement de la qualité et de la quantité des fonds propres),


Mais ces mesures de précaution sont contradictoires avec le soutien de l’économie capitaliste, limitant la circulation monétaire qui est pourtant nécessaire aux entreprises pour qu’elles produisent et se développent.


Donald Trump a aboli la loi Dodd-Franck, tout comme il a fait nommer des juges conservateurs à la Cour Suprême, qui ont, de fait, aboli l’arrêt Roe et Wade de 1973 sur l’avortement.


Et la titrisation revient donc à l’honneur. Car il s’agit de trouver le bon compromis entre stabilité du système financier et développement économique. Il faut prendre des risques pour soutenir l’activité, sans aller jusqu’à la rupture comme en 2008 avec la chute de Lehman Brothers.


La période que nous vivons est dangereuse du fait de certains facteurs exogènes : la coronavirus, la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique. Les tensions monétaires sont extrêmes, du fait de l’inflation grandissante dans le monde entier, qui nécessite une intervention des banques centrales pour enrayer cette surchauffe par une augmentation des taux de base du crédit bancaire.


Tout se situe aujourd’hui dans le calibrage des mesures stabilisant l’économie en jugulant l’inflation sans bloquer la croissance économique. C’est ce qui permet de remettre la titrisation au goût du jour, en favorisant le crédit et en l’ouvrant à des catégories à risque, pouvant devenir insolvables


La bourse est sur un volcan, les investisseurs acceptant de prendre des risques pour dégager plus de profit, sont menacés par un krach financier, mais ils jonglent sur le fait que le gouverneur de la FED, arrivera à empêcher tout dérapage catastrophique.


L’aversion au risque, et l’aversion à la perte, sont considérées comme des comportement anti-économiques, anti-business. Les gens raisonnables ne sont pas bien considérés.


Les bonus des traders ont battu des records en 2021. Les indices boursiers flirtent avec leurs plus hauts.


Mais certains produits alimentaires flambent, comme les céréales, menaçant de famine des pays comme Haïti, l’Égypte, l’Indonésie.


Cette fuite en avant sera-t’elle payante ? L’avenir nous le dira.


En attendant, beaucoup se posent la question de la refondation du capitalisme sur de nouvelles bases, évitant cette mise en tenailles entre un déséquilibre financier insoutenable (dettes astronomiques des États, des entreprises et des particuliers, inflation galopante) et une croissance économique atone. La solution passe par des investissements publics massifs pour soutenir les capitalistes. C’est ce qui est pratiqué depuis plusieurs années, par l’injection massive de liquidités par les banques centrales, en faisant touner la planche à billets, procédure appelée Quantitative Easing (Q.E.). C’est une économie administrée comme le socialisme mais qui est au service du business, donc des actionnaires et des chefs d’entreprise, et non au service des travailleurs.


Donc, pour les banques centrales essentiellement, il s’agit de faire confiance aux entreprises privées pour trouver la meilleure solution pour gérer l’économie au mieux, trouver les meilleurs compromis pour développer l’économie, sans la casser. Ce libéralisme aveugle se paie d’un appauvrissement de la majorité de la population, de la diminution de ses conditions sociales (emploi, revenus, services publics), en attendant que, par ruissellement, l’enrichissement des capitalistes bénéficie aux couches populaires. Il n’y a pas d’alternative pour le monde de la finance (TINA = There Is No Alternative).


Naturellement, cette pilule est dure à faire avaler par les salariés, c’est-à-dire la classe ouvrière. La perspective d’une vie de misère provisoire, le temps que, dans un avenir hypothétique, leur situation s’améliore, n’est guère convaincante. Les forces politiques pro-business se rassemblent pour convaincre de la validité de ce schéma, en s’appuyant sur ceux qui les soutiennent dans le clan dit socialiste, appelés les sociaux-démocrates ou même les staliniens, et, si ce n’est pas suffisant, de faire appel, certes à contre-cœur, aux forces fascistes et réactionnaires, pour imposer un talon de fer.


Mais les échéances se rapprochent, le krach financier se profile, et il faut faire vite. Les sociaux démocrates ayant été balayés lors de la dernière élection présidentielle en France, de plus en plus de capitalistes envisagent la solution fasciste provisoire pour mater la classe ouvrière qui se révolte.


Les médias aux ordres sont de plus en plus complaisants avec l’extrême droite de Marine Lepen, Eric Zemmour, Cyrille Hannouna, voire même Eric Ciotti. Tout en honnissant la NUPES et Jean-Luc Mélenchon. Des contre-vérités sont assénées en permanence, des faits-divers scabreux sont montés en épingle pour dénigrer tout ce qui est socialisant, avec diabolisation récurrente presqu’aussi sévère que pour Vladimir Poutine. Ces roquets n’en finissent pas de gloser sur les méfaits des grèves, sur le côté inapplicable des solutions des socialistes, voire même en les infantilisant sur leur incompréhension des mécanismes de l’économie. Une argumentation en général sommaire et non convaincante, car s’adressant à des individus au quotient intellectuel soi-disant trop faible pour comprendre une véritable argumentation. L’arrogance le dispute à la condescendance.


On culpabilise les chômeurs, qui refusent des emplois non cotés et trop bas de gamme.


On culpabilise les retraités, qui ont contribué au déficit des régimes sociaux.


On culpabilise les hospitaliers publics, soi-disant moins efficaces que les hospitaliers privés, et ne se dévouant pas suffisamment pour remettre sur les rails des hôpitaux à bout de souffle.


On culpabilise des fonctionnaires, considérés comme inefficaces et paresseux.


On culpabilise des paysans, qui refusent d’appliquer de nouvelles règles respectueuses de l’environnement parce que trop chères.


On culpabilise des immigrés qui, non seulement doivent exercer de sales boulots que refusent les français de souche, pour des salaires dérisoires, mais qui osent protester et revendiquer.


On jette l’opprobre sur tous ceux qui revendiquent, alors qu’ils devraient au contraire remercier leur patron qui se dévoue pour leur fournir du travail (comme le dit servilement Cyrille Hannouna).


On jette l’opprobre sur ceux qui réclament des logements sociaux de qualité et refusent d’accepter des logements insalubres.


On jette l’opprobre sur des étudiants qui revendiquent de passer leurs examens dans de bonnes conditions, en les traitant d’incapables voire de nuls.


On jette l’opprobre sur des gilets jaunes qui continuent à manifester contre leurs conditions d’existence inacceptables.


On se pavane et se congratule entre copains et coquins, qui baignent dans la corruption. On s’absout de différentes actions en justice, grâce à différents groupes de pression efficaces.


On ne paie pas ses impôts par des artifices fallacieux, appelés de l’optimisation fiscale.


On se glorifie d’actions glorieuses du passé, pour cacher une nullité propre.


On se permet de critiquer, dans des salons chics « Gents only », tout ce qui est non conforme à une conception obscurantiste de l’humanité.


On se prétend supérieur à tous les « Untermenschen» du monde ; comme les nazis.




Bonjour Raoul,


Je suis globalement d'accord avec toi sur ce sujet.


Le capitalisme est à bout de course, essentiellement parce que les ressources de la planète sont limitées...(quelque soient les formes d'adaptation envisagées).


On avait été prévenu dés les années 60, par Illich, Morin et consorts (rapports du club de Rome, etc...), mais il parait qu'à l'époque ils étaient inaudibles...voire...On a surtout refusé de les entendre.


La transition vers autre chose ne peut être que très douloureuse, parce qu'on s'y est très peu préparé...et qu'aucune grande puissance n'est prête à changer de modèle au niveau des élites.


Bref ca va secouer sévèrement, et sans doute commencer par une débâcle financière ( en commençant par la titrisation puisque qu'on a recommencé comme en 40 en dépit des promesses d'ivrogne faites en 2008).


Toujours intéressant de te lire.


A bientôt.


T.



Bonjour Raoul,

Ton papier de facture type "boulet rouge "est hélas assez véridique. Mais je ne suis pas du tout certain que ceux à qui tu le destine ou à ceux qui bénéficient de tes présentations soient en mesure de comprendre ce que tu veux dire. Je ne crois pas qu'ils maìtrisent les concepts que tu utilises. La plupart des connaissances économico bancaires sont réservées à quelques praticiens des procédures bancaires et encore chacun dans son domaine. Le fait d'utiliser leur vocabulaire peut masquer des gouffres d'ignorance ou de fausses compréhensions. À chaque fois où j'ai voulu vérifier si une bonne compréhension était au moins assurée chez ceux qui professent de brillantes idées je suis tombé de haut. Cela étant dit et pour rester dans le domaine de l'immobilier l'adoption de ma proposition du LOCACHAT aurait permis d'éviter les déboires que ce secteur a connu aux États Unis dans ce domaine. Les libéraux pur jus, ou se revendiquant comme tels croient que le crédit (qui est le début de la procrastinisation) va résoudre tous les problèmes du type "quoi qu'il en coùte" mais il en va des crédits comme du sel dans la soupe : il en faut une certaine dose mais pas plus et encore moins beaucoup plus.

Toutes mes amitiés à toi et à C.

PS. Je vais toujours aussi mal ... c'est aussi cela la vie !



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